« Il est temps de décoloniser nos imaginaires ». Entretien avec Krystel Gualdé, commissaire de l’exposition « L’abîme »

Avec sa dernière exposition intitulée « L’abîme. Nantes dans la traite Atlantique et l’esclavage colonial, 1707 – 1830 », le musée d’histoire de Nantes replonge le visiteur dans une histoire à la fois globale et locale : celle de la traite et de l’esclavage, de leur mise en place de part et d’autre de l’Atlantique, mais aussi l’implication de la ville de Nantes dans ce système.

Grâce aux collections du musée, réinterrogées pour l’occasion, le passé négrier de la ville est remis en perspective à travers un parcours chronologique, ponctué d’une dizaine de salles. De la découverte des Amériques et de la côte ouest africaine à l’établissement du système esclavagiste atlantique, en passant par le développement de Nantes comme port négrier et des Empires coloniaux à la fin du XIXe siècle, jusqu’à la question du racisme de nos jours, le parcours ne questionne pas seulement une part de l’histoire. Il offre aux visiteurs des clés pour décrypter un passé et un contexte aussi spécifiques que complexes, en questionnant leurs enjeux mémoriels.

Avec une approche résolument historienne, les objets présentés sont de véritables sources révélant un quotidien et des imaginaires propres à une époque. Ils tendent ainsi à réhumaniser les populations esclavisées, en leur redonnant une place et une capacité d’action à part entière au sein la société française coloniale.

Allons en apprendre plus au côté de Krystel Gualdé, directrice scientifique du musée d’histoire de Nantes et commissaire scientifique de l’exposition.

Château-des-ducs-de-Bretagne-©-David-Gallard-LVAN

Exposition L’abîme. Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial, 1707-1830. Château des ducs de Bretagne © David Gallard – LVAN

Quelle était l’ambition et la démarche lors de l’élaboration de cette exposition ?

La première ambition était de valoriser un certain nombre de nouveaux travaux de recherches sur la traite et l’esclavage coloniale à l’échelle de ce qui s’est fait ces dernières années, dans le monde et sur plusieurs continents.

Le but était de transmettre ces nouvelles connaissances, faire découvrir de nouvelles mises en perspective au grand public, le musée étant une passerelle entre les universitaires et le grand public. Il s’agissait de montrer un monde connecté, global, allant de pair avec les nouvelles recherches actuelles, pour établir des vitrines inattendues et mettre le public face à des collections qu’il n’appréhendait pas sous cet angle-là, pour changer le regard.

L’autre objectif était d’être très pédagogique, pour raconter la complexité d’une époque. Ce système esclavagiste et colonial est difficile à définir en quelques mots, nous sommes devant une histoire imposant de s’interroger. Cela passe par des questions portant sur la manière : comment les choses se sont mises en place ? Qui étaient les acteurs à l’échelle de plusieurs continents ? Qui en ont été les bénéficiaires ?

Il s’agissait aussi de mettre en valeur une histoire méconnue des Français : celle des personnes mises en esclavage ayant vécu sur le sol de France et à Nantes, à travers des extraits de vies de ces personnes.

Un autre but était de tester des dispositifs pour réactualiser le musée permanent d’ici 2023-2024.

Cette exposition a donc été, d’une certaine manière, un laboratoire pour les collections permanentes ?

Oui, c’est vrai, elle nous permet d’observer ce qui fonctionne, ce qui est compris, ce qui surprend, étonne, pour renforcer notre propos sans lasser les visiteurs. Le musée se met à disposition du visiteur, en partant du principe qu’il ne connait pas les mêmes choses que les spécialistes.

Le fait de mettre des panneaux racontant des vies d’esclaves en France est un point étonnant, car nous avons traditionnellement en tête le fait qu’en arrivant sur le sol français, ils deviennent libres. Au contraire, nous découvrons qu’ils·elles sont toujours exploité·e·s ou du moins, toujours considéré·e·s comme esclaves…

À partir de 1716, un édit, dont l’auteur est le maire de Nantes, Gérard Méllier, clarifie les choses pour que les populations esclavisées arrivant des territoires colonisés conservent leur statut servile. Il y a donc une succession de lois se renforçant entre 1716 et 1738, puis en 1776, pour véritablement contrôler cette population et empêcher l’obtention de leur liberté sur le sol de France. La présence de personnes esclavisées en France se compte par milliers. Elles vivront parfois toute leur vie ici, en esclavage, même si d’après les textes, au bout de 3 ans, elles doivent repartir dans les colonies.

C’est la section qui surprend et intéresse le plus les visiteurs, car elle est fondée sur des connaissances juridiques peu répandues.

Exposition L’abîme. Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial, 1707-1830. Château des ducs de Bretagne © David Gallard – LVAN

Le peu de procès recensés à cette période sur le sujet étaient-ils intentés par les propriétaires, pour garder leurs esclaves ? Les esclaves avaient-ils conscience de leurs droits et des flous juridiques ?

À la fin du XVIIe siècle, ce sont des personnes mises en esclavage qui intenteront des procès au nom du droit coutumier. Dans ce cas, ce n’est pas vraiment un affranchissement, car ce ne sont pas les maîtres qui affranchissent, mais l’État qui reconnait le statut juridique de la personne comme étant libre. C’est très différent dans les considérations !

Peu de cas ont existé. Un exemple particulier à Nantes est celui d’une jeune femme qui arriva en 1714 avec sa propriétaire, avant d’être mise en pension chez les Bénédictines du Calvaire. Elle voulut intégrer l’ordre, ce qui est en théorie interdit. Les Bénédictines l’acceptent, mais la propriétaire ira devant le tribunal pour la récupérer. Elle perdra car elle n’avait pas des documents prouvant le statut d’esclave de cette jeune fille avant son entrée dans les ordres. Mais c’est un défaut d’écriture qui permet cet affranchissement…

Comment et sur combien de temps l’exposition et son parcours ont été conçus ?

Ce sujet est travaillé ici depuis très longtemps, en lien avec le passé de la ville et avec l’histoire de l’écriture du musée lui-même. Ouvert en 2007, il a été le premier musée d’histoire à aborder ces questions. Avec Bertrand Guillet [directeur du musée d’histoire de Nantes] et Marie-Hélène Jouzeau [conservatrice du patrimoine, directrice du Château de ducs de Bretagne jusqu’en 2008], nous en avons commencé l’écriture dans les années 2000.

À l’origine de l’exposition, il y a aussi le livre, présenté comme étant le catalogue de l’exposition. Le projet initial était de réaliser un livre avec toutes les collections, présentées ou non au public, pour réfléchir à la possibilité de faire une histoire, aussi pleine et entière que possible, dans un musée comme le nôtre possédant des collections univoques et négrières.

L’exposition est une extension et une adaptation du livre, pour rendre visible le récit. Une fois que l’écriture en a été faite et les intentions posées sur le développement didactique de plusieurs dispositifs, l’ensemble de l’équipe pédagogique et multimédias s’est motivée pour faire des propositions, rechercher ce qui se faisait ailleurs, …

Il a fallu dépouiller un peu l’exposition permanente, c’est pour ça que c’est aussi intéressant car lorsque ces objets seront réintégrés dans le parcours permanent, nous ajouterons de nouveaux dispositifs selon la façon dont les visiteurs s’en seront servis. Il y a une valeur d’usage de l’exposition qui nous intéresse ici.

N’est-ce pas un contexte justement un peu circonscrit à Nantes, par rapport à l’échelle nationale où la traite et l’esclavage ne sont pas forcément mis en avant ?

Nantes, avec ce sujet, rayonne en France, peut-être même plus dans le monde qu’en France d’ailleurs. Le travail qui a été réalisé ici a permis de mettre en avant des objets uniques au monde. La ville de Nantes est dont très interpellée sur ces questions, y compris dans ses pratiques par rapport au public, à la jeunesse, à ses actions pédagogiques et à sa programmation artistique autour de ces sujets.

Pour la mise en avant du sujet ici plutôt qu’ailleurs en France, cela vient sans doute des associations mémorielles et d’historien·en·s, très fortes dès les années 1980, ainsi qu’une volonté politique portée par l’ancien maire de Nantes, Jean-Marc Ayrault, qui avait fait de la reconnaissance du passé esclavagiste et négrier de la ville un axe de sa campagne de 1989 aux élections municipales. De l’exposition des Anneaux de la mémoire en 1992 à « L’abîme », cette volonté est inscrite durablement à Nantes.

Tout à l’heure, vous évoquiez les publics visitant l’exposition. Quels étaient justement les publics visés et comment retranscrire cette réalité de l’esclavage, en prenant en compte les enfants ?

Par rapport aux enfants, ce n’est pas tant la nature complexe qui posait problème, mais plutôt la place donnée à la violence. Comment la faire ressortir et protéger les enfants de certaines images, tout en ne leur cachant pas le fait que c’est une histoire particulière et violente en elle-même, à ne pas minimiser ? J’ai donc cherché une forme d’équilibre et beaucoup travaillé au fait que les plus jeunes n’aient pas directement accès aux images les plus dures, notamment celles des tortures.

Dans cette optique, l’un des grands principes de l’exposition est de mettre à distance les collections. Elles font ressortir une vision coloniale et racialiste de l’Autre, marquée par la domination et d’exclusion.

Elles sont montrées dans cette perspective pour révéler au visiteur que ces images et objets avaient déjà une intention. Si l’image présentée n’est pas violente, c’est que l’intention, au moment de sa création, est de montrer que tout se passe bien : or, ce n’est pas le cas. Le cartel explicite ces aspects et invite les visiteurs à comprendre tout ce dont les images ne témoignent pas. C’est n’est pas parce que c’est une image du XVIIIe siècle qu’elle raconte la vérité du XVIIIe siècle !

C’est en effet ce que j’ai constaté en visitant. Il y a une grande place donnée à la remise en contexte de ces images et de ces objets, à l’imaginaire qu’ils révélaient de l’époque même, des fantasmes sur les Amériques sur l’Afrique, sur le travail des esclaves, afin de faire comprendre ce que les individus voyaient à l’époque.

Absolument. C’est d’ailleurs le principe des « Expression(s) décoloniale(s) », que nous organisons tous les deux ans avec des historiens et des artistes africains : proposer aux visiteurs de prendre conscience qu’il est temps de décoloniser nos imaginaires. Par notre environnement, par ce que nous voyons tous les jours, nous intégrons dans nos imaginaires des représentations, des conceptions que nous n’interrogeons pas. Le visiteur est interpellé et devenir acteur de sa pensée est passionnant.

Cela aide à avoir des clés de compréhension pour décrypter ce qu’on lit et voit, au même titre que l’analyse multimédia des tableaux des époux Deurbroucq peints avec leurs esclaves, présentés dans l’exposition avec un dispositif de projections et des explications orales.

L’idée était de faire prendre conscience que ces tableaux montrent en réalité 4 portraits, 4 individus nantais pleins et entiers, dont le statut juridique est différent. Et cela change la manière de regarder une peinture, dans toute sa complexité. Les petites biographies tentent aussi de montrer les relations parfois extrêmement dures et plus complexes entre des individus faisant société. Cela revient au travail actuellement effectué par les historien·ne·s : rendre histoire et mémoire à celles et ceux qui ont été exclu·e·s de l’humanité.

Exposition L’abîme. Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial, 1707-1830. Château des ducs de Bretagne © David Gallard – LVAN

L’exposition est marquée par une vraie démarche historienne…

C’est vrai, et les visiteurs apprécient cela. On s’est rendu compte qu’ils lisaient tous les cartels, qu’ils accrochent à cette histoire car l’exposition ne les confortent pas uniquement dans leurs savoirs : on leur en dit plus et autrement. C’est cet ensemble qui fait qu’ils restent jusqu’à la fin de l’exposition. Le sujet semble particulièrement les interpeler aujourd’hui.

L’enjeu serait peut-être de mettre plus en avant le sujet auprès du grand public ?

Je pense que beaucoup de musées dans le monde et en France s’attachent à faire ce travail, comme le font la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, le CIRESC, ou des laboratoires de recherches. C’est un lieu de visibilité à l’échelle nationale qui serait peut-être à créer.

Les visiteurs se posent, prennent le temps pour lire. Qui a rédigé les cartels, défini le texte et travaillé sur les cartes interactives présentes tout au long de l’exposition ?

Je suis l’auteure de tout ce qui est écrit dans l’exposition, qui est directement issu du catalogue. Pour les cartes interactives, j’ai travaillé avec une documentaliste, Gaëlle David, qui m’a apporté des éléments didactiques et visuels pour que je puisse choisir les cartes qui allaient servir de support au récit dont j’avais écrit la trame.

Exposition L’abîme. Nantes dans la traite atlantique et l’esclavage colonial, 1707-1830. Château des ducs de Bretagne © David Gallard – LVAN

À quels enjeux mémoriels l’exposition, comme le musée en général, doivent répondre et faire face ?

Les enjeux mémoriels nous font réviser, parfois renverser, notre conception et notre écriture historique. Ils sont de divers ordres.

Par exemple, pourquoi renverser les collections ? Dans la salle consacrée au quotidien des personnes mises en esclavage dans les colonies, nous sommes devant des objets montrant une vision européenne.

Pour le marronnage, dont il est question dans une des salles, nous n’avons aucun texte montrant le courage, la détermination et la résistance des personnes maronnes. C’est cela, « renverser les collections » : c’est-à-dire, pour ce cas, rendre héroïque une résistance réelle, plus importante qu’on ne pense, en parlant des communautés marronnes et de leur place. Nos collections montrent la vision négative, depuis l’Europe, de cette résistance, rendant nécessaire ce rappel. C’est un enjeu mémoriel, et pas uniquement un enjeu d’histoire, que de parler de ces résistances puisque cela change la perception que l’on a de ces actions, de cette histoire et de ses acteurs, comme des grandes figures de l’abolition.

Changer le vocabulaire est aussi un enjeu mémoriel. Dans toute l’exposition, il est question « d’homme, femmes et enfants », de façon à réhumaniser les individus qui sont un peu perdus derrière le terme générique d’« esclave ».

Jeter une passerelle entre le passé et le présent est important, car notre vision de l’Afrique et des Africains est connotée par cette histoire, qu’on le veuille ou non. Le travail des historien·ne·s est justement de faire en sorte que cette connotation disparaisse, pour remettre derrière cette connotation de la finesse, de la compréhension.

Aujourd’hui, en 2021-2022, en quoi cela fait sens de proposer au public une exposition sur Nantes, la traite et l’esclavage colonial ?

Je crois que cela ferait sens n’importe quand. Cela faisait déjà sens il y a 10 ans, peut-être encore dans 10 ans si, malheureusement, rien n’a changé. Le propos de l’exposition est de révéler en quoi nous faisons tous communauté. Il est fondamental d’aborder ces questions frontalement, mais aussi sereinement, grâce aux travaux des historien·ne·s, des chercheur·e·s. Nous proposons au public de reprendre le contrôle sur ces représentations qui n’ont pas complétement disparues, et qui ont créé des formes d’héritages.

Le tout, sans nier non plus les héritages plus dramatiques, comme les persistances du racisme dans le monde. Tous les ans sont publiés des rapports dans des ONG montrant que le regard porté sur les autres peut être xénophobe, méprisant. La crise de 2020 autour du décès de Georges Floyd aux États-Unis a été un moment qui a cristallisé aux yeux de tous qu’on n’en était pas complètement sorti.

C’est justement tout l’enjeu des sciences humaines et sociales : pouvoir sensibiliser le grand public, toucher les personnes ne connaissant pas forcément ou ne se sentant pas légitime à aborder le sujet, pour tenter de changer les consciences.

L’avantage est ce que ce sujet est un fil rouge du parcours permanent. Toutes les personnes qui entrent dans le musée permanent, dans le château de ducs de Bretagne, pour découvrir l’histoire de Nantes traversent cette histoire, sans le savoir dès le départ. Pour beaucoup de visiteurs, c’est une découverte. C’est aussi pour cela que c’est intéressant de réinvestir le parcours permanent en 2023-2024 avec les bénéfices de l’exposition, en jouant un rôle « d’éveilleurs de conscience ».

À la sortie de l’exposition, comment peut-on aller plus loin ? Est-ce que des éléments multimédias l’accompagnent et la complètent ?

On a créé plusieurs dispositifs et des outils en ligne, notamment des podcasts sur le site du Mémorial, qui ont été réalisés spécialement par et pour le musée d’histoire de Nantes.

Un est sur la Marie-Sépharique, pour faire comprendre en quoi consistait une campagne de traite. Un autre, en collaboration avec Slate.fr, portait sur les mémoires.

Très récemment, une visite virtuelle de l’exposition a été faite. Les spectateurs peuvent visiter toute l’exposition, tout lire, avec des explications supplémentaires sur des objets, des thématiques. Ils peuvent aussi accéder aux cartes en ligne.

Autour de cette exposition, on a aussi développé 3 visites qui se suivent et se complètent. Certaines, accessibles aux scolaires, permettent d’aller de l’exposition au Mémorial, avec entre les deux une visite de la ville.

Il y a également des publications, comme le catalogue mais aussi une BD. Et puis nous avons un grand corner dans notre librairie-boutique, où les visiteurs peuvent accéder à des travaux d’historien·ne·s et de chercheur·e·s venant des quatre continents.

Après « L’abîme », le musée a-t-il d’autres projets en préparation ?  Il y a donc celui du musée permanent dont il a été question, mais y a-t-il d’autres expositions qui sont en projet ?

Oui, en 2023, une nouvelle édition d’« Expression(s) décoloniale(s) » va s’ouvrir dans le musée permanent, pendant 6 mois, et ce sera sans doute avec un artiste et un historien camerounais. En collaboration, ils réécriront les cartels, qu’ils signent et qui seront présentés à la place ou à côté des nôtres, en offrant à l’artiste d’intégrer le parcours permanent avec ses propres œuvres.

Entretien réalisé par Pierrine Malette,

éditrice au CIRESC  (Centre international de recherches sur les esclavages et post-esclavages)

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2022-06-09T17:46:37+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

Conférence internationale SLAFNET – ” L’esclavage en Afrique. Savoirs et décloisonnements “

“L’esclavage en Afrique. Savoirs et décloisonnements”

Conférence internationale  (SLAFNET – Slavery in Africa)
19, 20, 21 avril 2022, université Yaoundé I / Cameroun

Comité d’organisation

  • Marie-Pierre Ballarin (URMIS – IRD, Nice)
  • Edouard Bokagne Betobo (Département d’Histoire, Université Yaoundé 1)
  • Giulia Bonacci (URMIS – IRD, Nice)
  • Klara Boyer-Rossol (CIRESC Paris- Bonn Center for Dependency and Slavery Studies Bonn)
  • Stephan Conermann (Bonn Center for Dependency and Slavery Studies, Bonn)
  • Myriam Cottias (CNRS- CIRESC, Paris)
  • Colette Essono (IRD Yaounde)
  • Alban Fournier (URMIS-CNRS, Nice)
  • Joseph Fumtim (IRD Yaounde)
  • Moussa II (Département d’Histoire, Université de Yaoundé 1)
  • Ahmadou Sehou (CERPETA – Centre d’Études et de recherches Pluridisciplinaires sur les Traites en Afrique, Université de Maroua)
  • Joseph Jules Sinang (CERPETA – Centre d’Études et de recherches Pluridisciplinaires sur les Traites en Afrique, Université de Yaoundé 1)
  • Vijaya Teelock (CRSI – Centre for Research on Slavery and Indenture, Université de Mauritius, Le Réduit)

Thématique

La conférence internationale à laquelle nos institutions invitent les chercheur.e.s et enseignant.e.s a pour ambition de contribuer au bilan des savoirs sur l’esclavage en Afrique et à faire le point sur les avancées scientifiques significatives les plus récentes. Huit ans après la conférence « L’esclavage en Afrique : histoire, héritages, actualité » (SLAFCO) tenue à la Catholic University of Eastern Africa (Nairobi, 2014), cette initiative bénéficie des travaux développés dans le cadre du projet européen « Slavery in Africa: A dialogue between Europe and Africa » (SLAFNET, H2020 RISE, 2017-2022), ainsi que d’un écosystème scientifique riche de plusieurs initiatives collectives. Avec une approche favorisant le dialogue scientifique interdisciplinaire (histoire, anthropologie, sociologie, muséologie) et le dialogue avec la société civile (à travers la présence d’associations anti-esclavagistes, la projection de films, et la présentation d’ouvrages), l’ambition est ici de poursuivre les efforts visant au décloisonnement entre les différentes régions du continent africain, leurs historiographies et leurs acteurs.

1. Citoyenneté, marginalisation et injustices

L’analyse comparative des expériences sociales, politiques et économiques des descendants d’esclaves dans les sociétés africaines contemporaines révèle la stigmatisation, la marginalisation et la sousreprésentation politique dont ils sont tributaires. Bien des conflits encore vivaces trouvent leurs origines dans l’histoire de l’esclavage et l’altérité (ethnique, raciale ou autre) qui y est associée. Dans certains pays, l’activisme des descendants d’esclaves permet de faire évoluer les pratiques, mais dans d’autres, le silence continue de recouvrir des traumatismes devenus intergénérationnels. L’idéal d’une citoyenneté partagée est parfois mis à mal par des revendications de justice et de réparation qui exposent les fractures sensibles au cœur du tissu social et des politiques nationales et internationales.

2. Sources, mémoires sociales et récits de soi

Documenter la prégnance de l’esclavage, les discontinuités de ses pratiques autant que ses séquelles est une préoccupation centrale des chercheurs. La collecte et la préservation des sources orales, l’archéologie, les sources écrites et iconographiques, et les récits de vie sont autant d’éléments qui permettent la mise en production du travail scientifique. Mais ce sont également des éléments qui structurent ou influencent les mémoires sociales, les façons dont les individus et les sociétés représentent leurs perceptions du travail (genré, forcé, migrant), de l’ancestralité (comme rapport aux origines familiales), de l’autochtonie (comme rapport au territoire et aux origines géographiques) et de l’appartenance (comme rapport à un groupe ou une nation).

3. Enjeux patrimoniaux, musées et restitutions

Les sites, les objets et les cultures liés à l’esclavage sont parfois marginalisés dans la mémoire nationale ; ils sont parfois intégrés dans les musées et participent (ou pas) d’une expérience commune. Deviennent-ils des outils de sensibilisation favorisant le dialogue entre anciens maîtres et esclaves ou leurs descendants ? Les artefacts servent de supports de dialogue entre les générations et entre des mémoires divergentes, mais ils sont aussi au cœur de revendications persistantes et d’enjeux politiques qui parfois les dépassent.

4. Humanités numériques et esclavage

Plusieurs bases de données relatives à l’esclavage et à la traite négrière en Afrique, dans l’océan Indien occidental et dans l’Atlantique existent déjà. L’inventaire des sources (noms de personnes et des lieux, des histoires de vie, la variabilité linguistique et économique, les terminologies) mobilisées par ces bases de données, leur accessibilité et les questions techniques liées à leur utilisation (presse, confidentialité, conditions générales, mentions légales, etc.) sont autant de questions centrales. Il s’agit aujourd’hui de développer des outils facilitant une analyse complète des données et d’élaborer des politiques communes de gestion de ces données afin de les exploiter au mieux.

Plus d’informations sur le site

https://slafco2.sciencesconf.org/

  • Date de l’évènement:
    19, 29, 21 avril 2022

  • Contact: slafco2@sciencesconf.org

  • Lieu : Université de Yaoundé 1
    Cameroun

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2022-02-11T12:51:43+01:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

Journée d’études : Recherche et formation à l’enseignement : esclavage et racisme

Affiche journée d'études INSPE

Héritages actuels et nouveaux regards transatlantiques sur le passé

Programme

Accueil : à partir de 8 h 30

Temps d’échange formateurs MEEF – étudiants et EFS Master MEEF : 8 h 45 – 9 h 15

Ouverture : 9 h 15 – 9 h 45

Simon Gilbert, vice-président de la Commission Recherche de l’UPEC
Robin Bosdeveix, directeur de l’INSPE de l’académie de Créteil
Marie Chosson, CESSMA
Myriam Cottias, CIRESC

Session du Matin : 9 h 45 – 12 h 15

De l’esclavage à la mort de G. Floyd : construction, usages et circulations des représentations, du racisme et des luttes contre le racisme
Présidente : Myriam Cottias, Directrice de recherche CNRS, CIRESC

La mort de George Floyd a suscité de nombreuses mobilisations de part et d’autre de l’Atlantique, ainsi que des débats et controverses sur le racisme et l’antiracisme aujourd’hui, les analyses des représentations et des pratiques en jeu. Lors de cette matinée, des communications scientifiques croiseront les approches en sciences humaines et sociales à partir d’études de cas documentées, concernant le Canada, les Etats-Unis,  le  Brésil  et  la  France.  Il  s’agira  d’interroger  de  manière  critique  et  lucide  les (més)usages de l’histoire, les catégories d’analyse mobilisées par différents acteurs et les enjeux contemporains de ces questions vives, aussi bien dans les discours diffusés dans  l’espace  public  que dans  les  recherches  en sciences  sociales  et  dans  le   champ   de  l’éducation,  pour  lutter  contre toutes les formes de racisme et de discriminations.

  • 10 h 00 – 10 h 30 : Jean Pierre Le Glaunec, professeur titulaire d’histoire des Etats-Unis et d’histoire des Amériques noires, directeur du département d’histoire de l’Université de Sherbrooke, Canada
Une arme blanche. La mort de George Floyd et les usages de l’histoire dans le discours néo-conservateur

 A travers cet essai, à la suite des mobilisations qui ont suivi la mort de George Floyd autour du slogan
« Black Lives Matter », de  part  et  d’autre  de  l’Atlantique,  il  s’agit  d’identifier  de  manière  critique les (més)usages de l’histoire dans la construction d’un discours néo-conservateur à finalités politiques. Cette communication soulignera combien les héritages de l’esclavage constituent une réalité toujours actuelle et socialement vive. Soulignant la complexité de cette histoire, avec ses spécificités spatiales et temporelles, en s’appuyant sur la rigueur de la méthode historique, elle ouvrira  la  discussion  sur les enjeux politiques toujours actuels de ces traces d’un passé qui est encore loin d’être passé.

  • 10 h 30 – 11 h 00 : Francine Nyambek Mebenga, maîtresse de conférences en Sciences de l’éducation, LIRTES, UPEC-INSPE de l’académie de Créteil, référente lutte contre le racisme et l’antisémitisme de l’UPEC
Meurtre de George Floyd : réception des mobilisations en France et enjeux de formations.

L’intervention porte sur les mobilisations liées au décès de George Floyd, et les controverses qu’elles ont suscitées en France, pour interroger les enjeux de la formation à l’antiracisme à l’école et/ou l’université. Dans le prolongement des réflexions conduites sur ce sujet, lors du cycle de conférences organisé par la mission lutte contre le racisme et l’antisémitisme de l’UPEC (entre septembre 2020 et mars 2021), nous explorons la manière dont ces controverses interpellent les politiques antiracistes, en général et la prise en charge du racisme dans le champ de l’éducation et de la formation, en particulier. Nous prendrons appui sur un corpus de travaux de recherche, discours politico-médiatiques, textes officiels et curricula scolaires visant à lutter contre le racisme et les discriminations.

  • 11 h 00 – 11 h 30 : Maira Mamede, maîtresse de conférences en Sociologie de l’éducation, CIRCEFT-ESCOL, UPEC-INSPE de l’académie de Créteil,
Mobilisation des catégories raciales dans la recherche sur les inégalités scolaires et les politiques éducatives au Brésil.

Les catégories raciales sont prises en compte dans le recensement démographique brésilien, de même que dans les statistiques éducatives. Elles apparaissent comme fortement corrélées aux catégories sociales et trajectoires scolaires. Leur mobilisation dans la production scientifique et dans la conception de politiques de lutte contre les inégalités scolaires est au cœur du débat public actuel. Dans cette communication nous discuterons les effets sociaux de la production de ces données et de leur inclusion dans les politiques publiques.

  • 11 h 30 – 12 h 15 : Discussion générale

Accueil : à partir de 13 h 30

Temps d’échange entre formateurs et étudiants et EFS Master MEEF : 13 h 30 – 14 h 00

Session de l’après-midi : 14 h 00 – 17 h 30

Travail esclave, résistance et liberté. Parcours de vie : des ressources pour enseigner
Président : Jean Hébrard, EHESS/Mondes américains et Johns Hopkins University

Enseigner l’histoire de la traite négrière, de l’esclavage, de leurs abolitions et de leurs héritages peut constituer une question sensible et complexe à aborder avec les élèves. Il ne s’agit pas seulement d’une histoire de « flux » massifs et anonymes de « marchandises », participant à une première mondialisation, mais de l’histoire de personnes réduites en esclavage. Il s’agit aussi d’éclairer la genèse et le développement d’un racisme à l’encontre de la couleur de peau servant à justifier un processus d’exploitation. Comment aborder avec les élèves ce passé tragique sans tabou et enseigner cette histoire dans toute sa complexité ? Comment articuler aujourd’hui histoire, mémoires, enjeux civiques à l’école ou dans des espaces de médiation culturelle, pour lutter contre le racisme et pour éduquer en vue d’une société plus respectueuse de toutes et tous et plus juste ?

  • 14 h 15 – 14 h 45 : Jean Pierre Le Glaunec, professeur titulaire d’histoire des Etats-Unis et d’histoire des Amériques noires, directeur du département d’histoire de l’Université de Sherbrooke, Canada

Esclaves mais résistants. Dans le monde des annonces pour esclaves en fuite. Louisiane, Jamaïque, Caroline du Sud (1801-1815)
A partir de l’ouvrage éponyme, cette communication s’appuiera sur l’analyse  des  annonces  publiées dans des journaux au sujet d’esclaves en fuite, afin de retrouver et de restituer les stratégies des hommes et des femmes réduites en esclavage pour résister à leur situation d’esclaves. Au-delà d’approches qui peuvent être  uniformisantes  et  déshumanisantes,   ou   comptables,   et   qui   pourraient   être seulement « victimaires », cette approche socio-culturelle de sources et de trajectoires de vie permet de renouveler l’histoire de l’esclavage en s’intéressant au point de vue des personnes réduites en esclavage.

  • 14 h 45 – 15 h 15 : Eric Mesnard, CIRESC, ancien formateur en histoire à l’UPEC-INSPE de l’académie de Créteil & Marie-Albane de Suremain, maîtresse de conférences en histoire, CESSMA, UPEC- INSPE de l’académie de Créteil,
Parcours de vie et stratégies de femmes et d’hommes réduits en esclavage : enseigner l’histoire des traites négrières et de l’esclavage à travers les acteurs.

L’ouvrage Enseigner les traites, les esclavages, leurs abolitions et leurs héritages  présente des retours sur expériences à l’école primaire ou dans le secondaire, des analyses des programmes scolaires ainsi que des représentations de la  traite  négrière,  de  l’esclavage  et  de  ses  héritages  dans  l’espace  scolaire et plus largement dans la société. Ces entrées sont abordées à travers des recherches précises sur l’Afrique de l’Ouest, l’Amérique centrale et les Caraïbes, et l’Europe. La communication soulignera que de la variété des points de vue rassemblés sur cette histoire commune, il ressort notamment que les récits ou les traces de ces vies de femmes et d’hommes réduits en esclavage constituent une ressource précieuse pour enseigner. S’appuyer de manière contextualisée sur l’expérience de ces personnes, l’exploitation de leur travail, mais aussi sur leurs stratégies, leurs aspirations et leurs résistances, replace l’histoire de l’esclavage dans toute sa complexité historique, humaine et sociale. Cette page d’histoire permet aussi d’étayer la construction des enjeux civiques actuels avec les élèves.

  • 15 h 15 – 15 h 45 : Sébastien Ledoux, Centre d’Histoire Sociale des Mondes contemporains, Paris I
Circulations de la traite atlantique et de l’esclavage dans les espaces scolaires : entre histoire, mémoire et EMC.

La communication présente des enseignements de la traite atlantique et de l’esclavage effectués à l’Ecole, en France, à partir de l’observation de pratiques de classe et d’entretiens réalisés avec élèves et enseignants. Ce passé est reformulé selon les milieux sociaux des élèves et les finalités civiques et morales des enseignants, dans le contexte d’une société en prise avec des enjeux mémoriels qui traversent l’espace scolaire.

  • 15 h 45 – 16 h 00 : Pause
  • 16 h 00 – 16 h 30 : Ibrahima Seck, maître de conférences en Histoire, Université Cheikh Anta Diop, Dakar, Sénégal
Des voies nouvelles pour enseigner l’histoire de la traite négrière au Sénégal et pour représenter l’esclavage aux Etats-Unis.

Dans cette communication, des pistes seront proposées pour montrer comment l’enseignement de la traite négrière en Afrique de l’Ouest peut ne pas se limiter à la visite du lieu de mémoire que représente l’ile de Gorée, mais aussi mobiliser les ressources locales, pour construire avec les élèves une connaissance plus complète de cette histoire. Aux Etats-Unis, l’exemple du musée de la Whitney Plantation en Louisiane soulignera la richesse de la médiation culturelle et pédagogique pour faire connaître la réalité de l’esclavage et ouvrir à la réflexion sur le passé et ses liens avec le présent.

  • 16 h 30 – 17 h 00 : Sue Peabody, Professeure titulaire de la Chaire Meyer en arts libéraux et histoire à l’université d’Etat du Washington aux Etats-Unis. (en visioconférence).
Les femmes autour de Furcy : esclavage et liberté d’une perspective féminine.

Furcy Madeleine, homme tenu en esclavage à La Réunion et qui a gagné sa liberté, n’aurait jamais réussi sans les efforts de ses proches : sa mère, Madeleine, sa sœur libre, Constance, ses compagnes, et sa femme. Comment les expériences de l’esclavage et de la liberté différaient-elles pour les femmes et les hommes ? La communication montrera comment considérer l’esclavage et la liberté dans une perspective féminine met en lumière le fondement de la société patriarcale.
La communication s’appuiera sur l’ouvrage de S. Peabody, Les enfants de Madeleine. Famille, liberté, secrets et mensonges dans les colonies françaises de l’Océan indien, Paris, Karthala, 2021.

  • 16 h 45 – 17 h 30 : Discussion générale
  • Date de l’événement : 06/10/2021

  • 9 h 15 – 17 h 30

  • Lieu : INSPE de l’académie de Créteil
    Site de Bonneuil-sur-Marne

  • Organisateurs : l’Inspé de l’académie de Créteil,
    le CIRESC (CNRS),
    le CESSMA UMR 245,
    avec le soutien de la Maison de la Recherche et de l’Innovation

  • contact : Marie-Albane de Suremain : marie-albane.desuremain@u-pec.fr

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2021-10-04T11:40:20+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

Virtual workshop “Digital Humanities on Slavery”

The Bonn Center for Dependency and Slavery Studies hosts the Cluster of Excellence “Beyond Slavery and Freedom”, which aims to overcome the binary opposition of “slavery versus freedom”. We approach the phenomenon of slavery and other types of strong asymmetrical dependency from methodologically and theoretically distinct perspectives.
As part of the activities of the Bonn Center for Dependency and Slavery Studies (BCDSS) of the University of Bonn, in collaboration with the European research program SLAFNET and the Center for Research on Slavery and Indenture Studies (CRSI) of the University of Mauritius, we are organizing a workshop on digital humanities on slavery.
The objective is to make an overview of the databases, websites, digital archives and collections on slavery that have multiplied over the last two decades. The proliferation of digital creations raises challenges, in particular regarding dissemination, navigation and safeguarding of datasets.
It will also be an opportunity to present the various digital projects in progress and possibly to stimulate (institutional, technical and scientifical) collaborations.
Finally, we would like to draw up an inventory of the digital productions on slavery, which will be put online on the BCDSS website, the CRSI website, and the future SLAFNET website.

Organizers

  • Dr. Klara Boyer-Rossol, (CIRESC), BCDSS Fellow,
  • Jan Hörber, Event Coordinator

Le programme complet

Volker Lannnert/University of Bonn

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2021-06-28T15:17:52+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

Journée d’études « Interroger le “racisme d’État” : regards historiques et contemporains »

Trois sessions proposent d’ouvrir un dialogue sur le rôle de l’État dans la (re)production de discriminations raciales et racistes et d’approfondir la réflexion sur les problématiques soulevées dans un ouvrage paru en juin 2020, intitulé Du racisme d’État en France ? (éd. Les Bords de l’Eau, 2020) et co-écrit par F. Dhume, X. Dunezat, C. Gourdeau, A. Rabaud.
Les débats à propos des diverses expressions « racisme d’État », « racisme institutionnel », « racisme systémique », « politique de la race » ou encore « politique de racialisation » dans la France contemporaine mettent en jeu des rapports très clivés au fait raciste en général et à la manière de travailler sur le racisme. En effet, si l’invalidité scientifique de l’hypothèse dite racialiste – selon laquelle il existerait des « races » humaines au sens biologique – fait consensus, c’est la définition de la race en tant que fait social qui pose problème. Les débats sont également virulents quant à la pertinence académique de travailler avec la catégorie de race et sur certaines dimensions du racisme (intersectionnelles, transversales, institutionnelles, individuelles…), ce qui met en regard des approches polarisées du racisme. Les circulations entre sphères scientifiques et politiques étant nombreuses, le champ militant antiraciste est également divisé entre un « antiracisme officiel » et un antiracisme « politique et postcolonial ».
Nous examinerons, dans un premier temps, les différents modes de circulation de cette expression dans les arènes médiatique, académique et militante afin de comprendre les arguments, mais aussi les impensés du débat. Dans un deuxième temps, nous proposons de réinterroger certaines institutions au prisme de l’hypothèse d’un racisme d’État ‒ la police et les politiques migratoires, qui sont examinées dans le livre ‒ que nous compléterons par la justice et la santé. Enfin, nous reviendrons sur certains régimes historiques, ce qui nous permettra de réfléchir notamment sur la manière de qualifier l’État mais également sur les formes de (dis)continuité entre l’État colonial et les dispositifs institutionnels contemporains.

Programme

  • Vendredi 11 juin, 14h-16h : Les itinéraires d’une catégorie controversée
Introduction : Pauline Vermeren (philosophe, université de Paris)
Fabrice Dhume (sociologue, CRIsIS)
Pauline Picot (sociologue, université de Paris)
Zacharias Zoubir (philosophe, université Paris Nanterre, Sophiapol)
Discutante : Aude Rabaud (sociologue, université de Paris, Urmis)
  • Jeudi 17 juin, 14h-16h : L’hypothèse du « racisme d’État » à l’épreuve du terrain
Rachida Brahim (sociologue)
Jérémie Gauthier (sociologue, université de Strasbourg, Dynamiques Européennes)
Karine Parrot (droit, université de Cergy-Pontoise)
Discutant : Xavier Dunezat (sociologue, CRESPPA/Urmis)
  • Jeudi 24 juin, 14 h – 16h : Perspectives socio-historiques : continuités et discontinuités coloniales
Aurélia Michel (historienne, université de Paris, CESSMA)
Carole Reynaud-Paligot (historienne et sociologue, université Panthéon Sorbonne, Centre d’histoire du XIXe siècle)
Olivier Le Cour Grandmaison (politiste, université Evry-Val d’Essone)
Discutante : Camille Gourdeau (socio-anthropologue, Urmis)

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2021-06-10T15:27:39+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

The Legacy of Slavery, Transgenerational Trauma, and Collective Healing

Webinar

The UNESCO Slave Route Project and the Guerrand-Hermès Foundation for Peace (GHFP) Research Institute will launch a Research Report that presents the main approaches and practices for addressing the legacy of transatlantic slave trade and slavery. This Report is the result of a collaboration effort involving an international team of researchers and practitioners. It highlights the imperative of embarking on a collective journey of healing from transgenerational trauma.

Intervenants

  • Gabriela Ramos, UNESCO ADG Social and Human Sciences
  • Sharif Istvan Horthy, Chairman, GHFP Research Institute
  • Myriam Cottias, Historian, French National Centre for Scientific Research
  • Joy Degruy, African American author, academic, and public speaker
  • Paul E. Lovejoy FRSC, Distinguished Research Professor, Historian & Canada Research Chair
  • Achille Mbembe, Cameroonian philosopher, political theorist, and public intellectual
  • Walter Mignolo, Semiotician and William Hane Wannamaker Distinguished Professor of Romance Studies
  • Marcus Miller, African American musician and composer
  • Ray Lema, Congolese musician and composer

More informations here

https://events.unesco.org/event?id=4280739450&lang=1033

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2021-05-25T11:03:48+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

La Newsletter #6 est en ligne !

Publication de la base de données sur les réparations, de la cartographie sur les indemnités, parution de la revue Esclavages & post~esclavages / Slaveries & Post~Slaveries, d’un nouveau volume dans la collection “Esclavages”, et de nombreux articles dans les médias…

En ce mois des mémoires marqué par les 20 ans de la loi Taubira, le CIRESC revient sur les productions scientifiques récentes et a sélectionné différents focus sur la thématique de l’esclavage et des réparations.

Bonne lecture !

2021-05-20T17:14:27+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

Journée d’études “États, empires, migrations”

Le Groupe de recherche sur les groupes coloniaux (GROC) organise deux journées d’études sur la thématique “États, empires, migrations” :

19-20 mai 2021, en distanciel

Ces journées ayant lieu en ligne, prière de vous inscrire au préalable en contactant je.groc.eem@gmail.com

Comité d’organisation

Vincent Bollenot (doctorant, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Aliénor Cadiot (doctorante, École des Hautes Études en Sciences Sociales)
David Leconte (doctorant, Université Le Havre-Normandie et École normale supérieure de Lyon)
Sara Legrandjacques (doctorante, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne)
Baptiste Mollard (doctorant, Université Versailles-St Quentin en Yvelines)
Hugo Mulonnière (doctorant, Université Paris 10 Nanterre)

Retrouvez le programme complet ici

Le carnet Hypotheses du GROC

Illustration de couverture : Archives nationales d’Outre-mer, Compagnie Paquet, 1930, FR ANOM 0009Fi674.

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2021-04-30T13:52:20+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

Hommage à Hubert Gerbeau, historien de l’esclavage à La Réunion

C’est un historien généreux, ouvert et engagé qui nous a quittés le samedi 3 avril 2021.

Hubert Gerbeau, historien, spécialiste de l’histoire de La Réunion, a véritablement ouvert le champ de recherches sur l’esclavage.

Après un séjour au Mali (alors dénommé le Soudan français) entre 1957 et 1958, et la réussite de l’agrégation d’histoire, il part en Martinique comme enseignant au lycée Schoelcher de Fort-de-France et y crée le Centre d’études régionales Antilles-Guyane avant que de s’installer à La Réunion où il enseigne à l’université de 1968 à 1980. Il revient alors à l’université d’Aix-Marseille III et travaille au Centre d’études et de recherches sur les sociétés de l’océan Indien (CERSOI).

Sa thèse de doctorat d’État est intitulée « L’esclavage et son ombre aux XIXe et XXe siècles », un sujet si mal connu alors, en cinq tomes (1 500 pages). Elle est soutenue à l’université d’Aix en Provence, le 19 mai 2005. Hubert Gerbeau obtient, la même année, le prix de thèse décerné pour la première fois par le Comité pour la mémoire de l’esclavage. Ce travail qui est une somme historiographique a été précédé de travaux importants, notamment un livre réédité plusieurs fois : Les esclaves noirs, pour une histoire du silence (1970, 1998, réédité en 2013 aux Indes Savantes) mais aussi, entre autres, un essai sur Martin Luther King (éditions universitaires, 1969, réédité en 2008 aux Indes Savantes).

La transmission de l’histoire était un souci majeur pour lui et il a participé tant à la Route de l’esclave de l’Unesco qu’à la création du musée historique de Villèle à La Réunion et au portail numérique « Histoire et mémoires de l’esclavage à la Réunion » (https://www.portail-esclavage-reunion.fr/documentaires/memoire-de-l-esclavage/memoires/lieux-de-memoire/).

À l’important travail d’historien d’Hubert Gerbeau s’ajoutaient des talents de romanciers. L’esclavage, ses expériences en Afrique, ont donné la matière à des romans : Noc (éditions Le Bretteur, 2004) ; Lia : d’un paradis à l’autre (les Indes Savantes, 2006) ; Swèdjana-le fou d’Afrique sous le pseudonyme d’Hubert G. David (Flammarion, 1980), entre autres. Il est aussi auteur de poèmes dont Nostalgies de couleurs (Océan Editions, 1990) et conteur avec Le voyageur (La Corne de Brume, 2003).

Le CIRESC lui rend ici un hommage sincère et présente ses condoléances à ses enfants et petits-enfants.

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2021-04-08T17:36:44+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|

Un nouveau compte rendu des “Marrons de la mer” est paru !

Paru dans Acalabash

Andy Caul revient sur Les Marrons de la mer, l’une des dernières parutions de la collection Esclavages Documents. L’ouvrage de Georges B. Mauvois a été publié à titre posthume, avec une préface de Richard Chateau-Degat.

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2021-04-09T15:56:22+02:00Catégories : VIE SCIENTIFIQUE|
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